Nishinomiya-jinja, grand sanctuaire du dieu Ebisu pres d'Osaka

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Nishinomiya-jinja, le sanctuaire principal du dieu Ebisu

Nishinomiya-jinja, le sanctuaire principal du dieu Ebisu
Au cœur de la ville de Nishinomiya, dans la préfecture de Hyōgo, à mi-chemin entre Osaka et Kobe, se dresse l'un des sanctuaires les plus aimés du Kansai : Nishinomiya-jinja (西宮神社). Connu familièrement de tous les habitants de la région sous le surnom affectueux d'Ebessan (えべっさん), il est le grand sanctuaire principal du culte d'Ebisu au Japon. À ce titre, il chapeaute un réseau d'environ trois mille cinq cents sanctuaires Ebisu dispersés dans tout l'archipel. Pour le voyageur francophone qui cherche à comprendre comment les Japonais relient spiritualité, commerce et joie de vivre, peu de lieux sont aussi éclairants que ce sanctuaire dédié au dieu rieur de la prospérité.

Venir à Nishinomiya-jinja, c'est découvrir un sanctuaire profondément ancré dans la vie quotidienne plutôt qu'un monument figé. Ici, on ne prie pas seulement pour la paix de l'âme : on prie pour que les affaires marchent, pour que la pêche soit abondante, pour que l'année à venir apporte chance et fortune. Cette dimension très concrète, très humaine, donne au lieu une atmosphère chaleureuse, particulièrement spectaculaire au mois de janvier lorsque plus d'un million de visiteurs s'y pressent pour la grande fête du Tōka Ebisu (十日えびす) et sa célèbre course rituelle de l'aube.


Le dieu Ebisu, divinité de la chance et de la prospérité

Pour saisir l'importance de Nishinomiya-jinja, il faut d'abord connaître la divinité qui y est honorée. Ebisu (恵比寿) est l'un des Sept Dieux du Bonheur (Shichifukujin), et le seul d'entre eux d'origine purement japonaise, les six autres étant venus de Chine ou d'Inde au fil des siècles. On le représente toujours souriant, coiffé d'un chapeau pointu, tenant dans une main une canne à pêche et serrant contre lui une grande daurade (tai), poisson considéré comme particulièrement faste au Japon. Ce visage rond et bienveillant, ce rire franc, ont fait d'Ebisu une figure populaire et rassurante, à qui l'on confie volontiers ses espoirs de réussite.

À l'origine divinité protectrice des pêcheurs et des gens de mer, Ebisu est progressivement devenu le dieu des marchands, du commerce et de la prospérité économique. Cette évolution suit l'histoire même de la ville de Nishinomiya, qui se développa comme bourg-relais sur l'ancienne route de l'Ouest (Saigoku-kaidō) et comme port important : là où passaient les marchandises et où se tenaient les marchés, le dieu de la pêche se mua tout naturellement en dieu du négoce florissant.

Le sanctuaire identifie sa divinité principale à Hiruko-no-mikoto (蛭児命), l'enfant des dieux créateurs Izanagi et Izanami selon la mythologie japonaise. Né, selon le récit, sans os et incapable de tenir debout, Hiruko aurait été confié aux flots dans une embarcation de roseaux. La tradition de Nishinomiya raconte qu'une statue divine surgie au large du cap de Wada, près de Kobe, fut recueillie par un pêcheur du village voisin de Naruo, puis transférée à Nishinomiya sur ordre d'un oracle. C'est ainsi qu'Ebisu, dieu venu de la mer, trouva ici sa demeure.


Une fondation perdue dans la nuit des temps

La date exacte de fondation de Nishinomiya-jinja demeure incertaine, et le sanctuaire lui-même reconnaît honnêtement que sa date de création n'est pas établie avec précision. Les spécialistes situent toutefois ses origines au milieu ou à la fin de l'époque de Heian (794-1185), car le nom d'Ebisu apparaît à plusieurs reprises dans les textes de cette période. Dès l'époque de Heian, le lieu était donc déjà un site de culte fréquenté.

Pendant de longs siècles, le sanctuaire fut rattaché au grand Hirota-jinja (廣田神社), situé un peu plus au nord. Nishinomiya-jinja en était alors un sanctuaire auxiliaire, parfois désigné sous le nom de Nangū-sha, le « sanctuaire du sud », par opposition à son aîné septentrional. Ce n'est qu'au fil du temps, à mesure que grandissait la dévotion populaire envers Ebisu et que prospérait la ville, que le sanctuaire d'Ebisu acquit son indépendance et son rayonnement propre, jusqu'à devenir le centre incontesté de tout un courant de croyance.

La ferveur populaire envers Ebisu, attestée par des documents remontant jusqu'à l'époque de Kamakura (1185-1333), fit progressivement de Nishinomiya-jinja la « tête » d'un immense réseau. Aujourd'hui encore, les quelque trois mille cinq cents sanctuaires Ebisu du Japon reconnaissent en lui leur sanctuaire-mère, le sōhonsha. Cette position de centre spirituel explique l'affluence considérable et le prestige dont jouit le lieu, bien au-delà des frontières de la préfecture de Hyōgo.


Les divinités vénérées dans les trois sanctuaires

Le honden (本殿), c'est-à-dire le pavillon principal abritant les divinités, présente la particularité de réunir trois sanctuaires distincts, chacun consacré à des divinités différentes. Cette organisation en trois corps reflète la richesse du panthéon shintō honoré ici.

Le premier sanctuaire, situé à l'est et placé au premier rang, est dédié à Ebisu-no-Ōkami, le grand dieu Ebisu, identifié à Hiruko-no-mikoto. C'est la divinité tutélaire, celle pour laquelle on vient de tout le pays, et qui donne au lieu son identité et son surnom d'Ebessan.

Le deuxième sanctuaire, au centre, honore Amaterasu-Ōmikami (天照大御神), la grande déesse du Soleil, ancêtre mythique de la lignée impériale et figure suprême du shintō, ainsi qu'Ōkuninushi-no-Ōkami (大国主大神), la grande divinité bâtisseuse du pays, associée elle aussi à la prospérité et aux liens entre les êtres.

Le troisième sanctuaire, à l'ouest, est consacré à Susanoo-no-Mikoto (須佐之男大神), le dieu impétueux des tempêtes et de la mer, frère d'Amaterasu, célèbre pour ses exploits mythologiques. La présence de ces grandes divinités aux côtés d'Ebisu confère au sanctuaire une dimension religieuse complète et solennelle.


L'architecture : le honden « sanren kasuga-zukuri »

Le pavillon principal de Nishinomiya-jinja illustre un style architectural rare et remarquable, appelé sanren kasuga-zukuri (三連春日造), littéralement le « style de Kasuga à trois corps reliés ». Le style kasuga-zukuri, l'un des grands styles classiques de l'architecture sanctuaire shintō, se caractérise par un bâtiment de petite dimension surmonté d'un toit à deux pans courbé vers l'avant, prolongé par un auvent protégeant l'entrée. À Nishinomiya, l'originalité tient à ce que trois de ces structures sont accolées et reliées entre elles, formant un ensemble d'une grande élégance qui correspond aux trois sanctuaires intérieurs et à leurs divinités respectives.

Le bâtiment que l'on admire aujourd'hui n'est pas l'édifice médiéval d'origine. Le honden et le haiden (拝殿), le pavillon de prière où se tiennent les fidèles, furent en effet détruits lors des bombardements de 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui ravagèrent une grande partie de la ville. Ils furent fidèlement reconstruits en 1961, dans le respect du style ancien, de sorte que le visiteur retrouve aujourd'hui la silhouette et l'esprit du sanctuaire historique.

Le haiden, vaste et accueillant, est le lieu où les visiteurs accomplissent leurs prières et déposent leurs offrandes face aux divinités. C'est aussi là que, durant le Tōka Ebisu, est présentée l'offrande la plus spectaculaire du sanctuaire, sur laquelle nous reviendrons.


Le grand portail Ōmon, joyau de l'architecture Momoyama

S'il est un monument qui symbolise à lui seul Nishinomiya-jinja, c'est bien son grand portail d'entrée, le Ōmon (大門), plus précisément appelé Omote-Ōmon, le « grand portail de devant ». Peint d'un rouge vermillon éclatant, il est si caractéristique qu'on le surnomme couramment l'Akamon, la « porte rouge ».

Ce portail majestueux fut reconstruit en 1604 grâce aux dons de Toyotomi Hideyori (豊臣秀頼), fils du célèbre unificateur Toyotomi Hideyoshi. Il constitue un précieux témoignage de l'architecture de l'époque Momoyama, période faste de la fin du XVIe siècle réputée pour la splendeur et l'audace de ses constructions. Échappé aux destructions, ce portail historique a survécu et fait aujourd'hui l'objet d'un classement national : il est désigné Bien culturel important (重要文化財) du Japon. Franchir l'Ōmon, c'est donc passer sous un monument vieux de plus de quatre siècles, chargé d'histoire et de dévotion.

C'est devant ce portail que se concentre, chaque 10 janvier avant l'aube, la foule des participants à la fameuse course rituelle, faisant de l'Ōmon non seulement un chef-d'œuvre architectural mais aussi le théâtre de l'événement le plus célèbre du sanctuaire.


L'Ōneribei, le mur de terre quatre fois centenaire

Aux côtés du portail rouge, un autre élément remarquable attire l'attention des connaisseurs : le Ōneribei (大練塀), un imposant mur d'enceinte en terre damée qui borde le sanctuaire. D'une longueur d'environ deux cent quarante-sept mètres, ce mur fut édifié au début de l'époque de Muromachi (1336-1573) et compte parmi les plus anciens et les plus longs murs de ce type conservés au Japon.

Réalisé selon une technique traditionnelle de terre compactée en couches successives, l'Ōneribei présente une surface aux teintes ocre et brunes qui contraste joliment avec le vermillon du portail. Sa valeur historique et son excellent état de conservation lui ont valu, comme à l'Ōmon, le classement de Bien culturel important du Japon. À lui seul, ce mur raconte la longue continuité du sanctuaire à travers les siècles, ayant traversé les guerres, les incendies et les bouleversements sans cesser de protéger l'enceinte sacrée.


Le jardin, le pont Zuihō-bashi et l'étang sacré

Au-delà de ses bâtiments classés, l'enceinte de Nishinomiya-jinja offre un cadre paisible et verdoyant qui invite à la promenade. Le sanctuaire abrite en effet un jardin et un étang sacré (shinchi) où l'eau, les arbres et les pierres composent un paysage apaisant, bienvenu après l'agitation de la ville. Ce coin de nature, où nagent des poissons et où se reflètent les frondaisons, contraste avec la ferveur des grandes cérémonies et permet au visiteur un moment de calme et de recueillement.

Un pont élégant, le Zuihō-bashi (瑞寶橋), enjambe les eaux du domaine et participe au charme du lieu. Selon les saisons, le jardin change de visage : verdure tendre au printemps, ombrages au cœur de l'été, couleurs chaudes à l'automne. Cette dimension paysagère, plus discrète que les monuments classés, ajoute à l'expérience de la visite une note de sérénité que les voyageurs apprécient particulièrement en dehors des grandes affluences de janvier.


Le Tōka Ebisu, la grande fête de la prospérité

L'événement majeur de Nishinomiya-jinja, celui qui fait sa réputation dans tout le Japon, est le Tōka Ebisu (十日えびす), littéralement « l'Ebisu du dixième jour ». Cette grande fête se déroule chaque année du 9 au 11 janvier, au tout début de l'année, moment où les Japonais formulent leurs vœux de réussite pour les douze mois à venir.

La fête s'articule sur trois journées aux noms consacrés. Le 9 janvier est le Yoi Ebisu (宵えびす), la veillée d'Ebisu, où l'animation commence à monter. Le 10 janvier, jour central et le plus important, est le Hon Ebisu (本えびす), l'Ebisu proprement dit. Enfin, le 11 janvier est le Nokori Fuku (残り福), « la chance qui reste », dernière occasion de venir recueillir les faveurs du dieu. Durant ces trois jours, plus d'un million de fidèles et de visiteurs convergent vers le sanctuaire, faisant du Tōka Ebisu l'une des plus grandes fêtes de toute la région entre Osaka et Kobe.

Sur place, l'atmosphère est celle d'une immense foire joyeuse. Les allées se couvrent d'innombrables échoppes et stands de nourriture, et les fidèles viennent acheter le fukusasa (福笹), un rameau de bambou porte-bonheur que l'on décore de petites amulettes dorées : poissons, pièces, tonneaux de saké, paniers symbolisant l'abondance. Rapporté à la maison ou au commerce, le fukusasa est censé attirer toute l'année la prospérité des affaires, la sécurité du foyer et la bonne fortune.


Le grand thon porte-bonheur

Parmi les traditions les plus pittoresques du Tōka Ebisu figure l'offrande du « grand thon de la chance » (招福大まぐろ). Chaque année, à l'approche de la fête, les coopératives de grossistes et les entreprises du secteur de la pêche offrent au sanctuaire un thon entier d'une taille impressionnante, en gage de prospérité commerciale. Cette coutume, fidèlement perpétuée depuis 1970, est devenue l'un des emblèmes du lieu.

Une fois purifié, l'énorme poisson est exposé dans le haiden. Les visiteurs viennent alors y coller des pièces et des billets de monnaie sur la tête, le dos et les flancs du thon, en formulant un vœu : on dit en effet que « l'argent se collera à vous », c'est-à-dire que la fortune s'attachera à celui qui dépose ainsi son offrande sur le poisson sacré. Ce spectacle insolite d'un thon géant constellé de pièces brillantes incarne à merveille l'esprit de Nishinomiya-jinja, où la dévotion s'exprime avec gaieté et bonne humeur.


La course du Fuku-otoko, l'ouverture des portes à l'aube

Mais la tradition la plus spectaculaire du Tōka Ebisu, celle qui attire chaque année les caméras et fait l'objet de reportages dans tout le pays, est sans conteste la course rituelle du Fuku-otoko (福男選び), la « désignation des hommes de la chance », au matin du 10 janvier.

Cette cérémonie porte le nom de kaimon shinji (開門神事), le « rite de l'ouverture des portes ». Bien avant l'aube, dès le milieu de la nuit, des milliers de participants se rassemblent devant l'Ōmon, le grand portail rouge resté clos. La tradition de cette « visite en courant » remonte à l'époque d'Edo (1603-1868), mais la sélection officielle des trois hommes de la chance, telle qu'elle est célébrée aujourd'hui, s'est fixée au cours du XXe siècle, lorsque l'on prit l'habitude d'honorer les tout premiers arrivés au sanctuaire.

À six heures précises du matin, au signal donné, le grand portail s'ouvre brusquement. La foule des coureurs s'élance alors dans une ruée fervente le long des deux cent trente mètres qui séparent le portail du pavillon principal. Régulièrement, plusieurs milliers de participants prennent part à cette course haletante dans le froid de l'aube hivernale. Les trois premiers à atteindre le honden et à tomber dans les bras des prêtres qui les attendent sont proclamés Fuku-otoko de l'année, le tout premier arrivé recevant le titre d'« homme le plus chanceux ». On croit que ces lauréats bénéficieront, durant l'année entière, des plus grandes faveurs du dieu Ebisu. Assister à ce moment, dans la nuit finissante, parmi la foule encourageant les coureurs, reste pour beaucoup de voyageurs une expérience inoubliable de la ferveur populaire japonaise.


Conseils pour la visite et meilleures périodes

Nishinomiya-jinja se visite agréablement toute l'année. En dehors de la grande affluence de janvier, le sanctuaire offre un havre de calme où l'on peut admirer à loisir le portail rouge, le mur de terre quatre fois centenaire, le pavillon principal aux trois corps reliés et le jardin paisible autour de son étang. Pour ressentir l'énergie unique du lieu, une visite pendant le Tōka Ebisu, du 9 au 11 janvier, s'impose, à condition d'accepter la foule considérable ; les plus courageux pourront même tenter, ou simplement observer, la course du Fuku-otoko à l'aube du 10 janvier.

L'entrée du sanctuaire est libre, et l'on prendra le temps de saluer les divinités au haiden, de faire le tour des bâtiments classés et de flâner dans les allées. Le respect des usages — se purifier les mains à la fontaine d'eau, s'incliner, ne pas troubler le recueillement des fidèles — fait partie du plaisir de la découverte.


Comment s'y rendre : la gare la plus proche

Nishinomiya-jinja se rejoint très facilement en train depuis Osaka comme depuis Kobe, ce qui en fait une excellente excursion d'une demi-journée. La gare la plus proche est la gare de Nishinomiya (西宮駅) de la ligne principale Hanshin (Hanshin Main Line), d'où le sanctuaire se trouve à environ cinq minutes de marche seulement. Depuis la gare d'Osaka-Umeda, cette ligne dessert directement Nishinomiya en une vingtaine de minutes.

On peut également arriver par la ligne JR Kobe : la gare de Sakura-Shukugawa (さくら夙川駅) se situe à environ huit minutes à pied du sanctuaire, tandis que la gare JR de Nishinomiya constitue une autre option commode. Attention à ne pas confondre les différentes gares portant le nom de Nishinomiya, exploitées par des compagnies distinctes : pour l'accès le plus direct au sanctuaire, c'est bien la gare Hanshin de Nishinomiya qu'il faut viser. Quel que soit l'itinéraire choisi, vous serez surpris de la facilité avec laquelle ce grand sanctuaire du dieu de la prospérité s'offre au voyageur.

Sources :
• https://en.wikipedia.org/wiki/Nishinomiya_Shrine
• https://ja.wikipedia.org/wiki/西宮神社
• https://nishinomiya-ebisu.com/about/
• https://www.the-kansai-guide.com/en/directory/item/15068/
• https://www.kobe-np.co.jp/news/society/202601/0019892018.shtml
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