Hirota-jinja, sanctuaire shintō millénaire de Nishinomiya près d'Osaka

Voyage Touristique Japon

Hirota-jinja, le grand sanctuaire de Nishinomiya

Hirota-jinja, le grand sanctuaire de Nishinomiya
Le Hirota-jinja (廣田神社) compte parmi les sanctuaires shintō les plus vénérables de tout l'ouest du Japon. Niché sur les premières pentes du mont Rokkō, dans la ville de Nishinomiya, entre Osaka et Kobe, ce grand sanctuaire de la préfecture de Hyōgo occupe une place de premier rang dans l'histoire religieuse de l'archipel. Il porte le titre prestigieux d'ichinomiya (一宮), c'est-à-dire de sanctuaire principal, de l'ancienne province de Settsu (摂津国), territoire qui couvrait jadis une partie d'Osaka et de Hyōgo. Pour le voyageur qui s'éloigne des circuits les plus fréquentés, Hirota-jinja offre une plongée saisissante dans le Japon des origines, là où la mythologie impériale, la déesse du Soleil et les légendes d'une impératrice guerrière se rejoignent au cœur d'une forêt sacrée réputée pour ses dizaines de milliers d'azalées.

Le nom même de la ville, Nishinomiya (西宮), signifie littéralement « le sanctuaire de l'ouest » : c'est dire à quel point ce lieu de culte a façonné l'identité du territoire qui l'entoure. Loin de l'effervescence touristique de Kyoto ou de Nara, Hirota-jinja demeure un sanctuaire profondément ancré dans la vie locale, fréquenté par les fidèles venus de tout le pays pour implorer la victoire, la réussite et la protection. Il est même devenu, au fil des décennies, le sanctuaire tutélaire d'une célèbre équipe de baseball, les Hanshin Tigers, qui viennent chaque année y prier avant l'ouverture de la saison.

Une fondation légendaire remontant à l'an 201

L'histoire de Hirota-jinja plonge ses racines dans les temps les plus anciens de l'histoire japonaise, à une époque où le mythe et l'histoire se confondent encore. Selon la tradition consignée dans le Nihon Shoki (日本書紀), la « Chronique du Japon » achevée en 720, le sanctuaire aurait été fondé en l'an 201 de notre ère, soit la première année de la régence de l'impératrice Jingū (神功皇后). Cette datation fait de Hirota-jinja l'un des plus anciens sanctuaires de tout l'ouest du Japon, et le plus ancien de la préfecture de Hyōgo.

La figure de l'impératrice Jingū est au cœur du récit de fondation. Personnage à la fois historique et légendaire, elle est restée célèbre pour avoir, dit-on, mené une expédition militaire vers la péninsule coréenne, la fameuse « conquête des Trois Royaumes » (三韓征伐). D'après le Nihon Shoki, avant son départ, l'impératrice reçut un oracle de la grande déesse du Soleil, Amaterasu (天照大神). La déesse lui révéla la voie pour surmonter les difficultés du pays et lui annonça la grossesse heureuse de l'enfant qu'elle portait, le futur empereur Ōjin. Surtout, l'esprit divin se manifesta sous deux aspects : son esprit paisible, le nigimitama (和御魂), veillerait sur la personne de l'impératrice, tandis que son esprit farouche et belliqueux, le aramitama (荒御魂), prendrait la tête des navires de guerre comme avant-garde de la flotte. La victoire fut, selon la légende, totale.

C'est au retour de cette expédition que naquit le sanctuaire. Alors que le navire de l'impératrice se trouvait immobilisé en mer, près des côtes de la province de Settsu, un nouvel oracle se fit entendre : l'esprit farouche d'Amaterasu ne devait pas demeurer auprès du palais impérial, mais résider dans le pays de Hirota. L'impératrice Jingū confia alors à Hayama-hime (葉山媛), fille du noble Yamashiro-no-Negiko, le soin d'y consacrer l'aramitama de la déesse. Ainsi naquit Hirota-jinja, gardien de la part la plus puissante et la plus redoutable de la divinité suprême du panthéon shintō.

La divinité du sanctuaire : l'esprit farouche d'Amaterasu

Comprendre Hirota-jinja, c'est saisir une subtilité essentielle de la pensée religieuse japonaise. Le shintō distingue en effet plusieurs aspects, ou « âmes », au sein d'une même divinité. Une divinité possède un esprit paisible et bienveillant, le nigimitama, mais aussi un esprit violent, dynamique et impétueux, le aramitama. Ces deux faces ne s'opposent pas comme le bien et le mal, mais représentent les deux énergies complémentaires d'une même puissance sacrée.

La divinité principale de Hirota-jinja est précisément l'aramitama d'Amaterasu Ōmikami, l'esprit farouche de la déesse du Soleil. Cette particularité rend le sanctuaire absolument unique : alors que le grand sanctuaire d'Ise, le plus saint du Japon, abrite l'esprit paisible d'Amaterasu, Hirota-jinja est l'un des très rares lieux à vénérer son aspect le plus puissant et conquérant. Le sanctuaire se considère d'ailleurs comme « de même corps divin » (御同体) que l'Aramatsuri-no-miya, le sanctuaire auxiliaire d'Ise dédié à ce même esprit farouche.

Le nom formel et sacré de cette divinité, tel qu'il est transmis par le sanctuaire, est Tsukisakaki-itsu-no-mitama-amasakaru-mukatsu-hime-no-mikoto (撞賢木厳之御魂天疎向津媛命). Derrière cette appellation solennelle se cache la même grande déesse Amaterasu, mais dans la plénitude de son énergie martiale et protectrice. C'est pourquoi le sanctuaire est traditionnellement invoqué pour obtenir la victoire dans les compétitions, la réussite aux examens, la sécurité des accouchements et la protection durant les voyages.

Autour de cette divinité centrale sont vénérées quatre autres grandes divinités, abritées dans les sanctuaires latéraux que l'on nomme les wakidono (脇殿). Il s'agit de Sumiyoshi Ōkami (住吉大神), divinité des marins et de la mer ; Hachiman Ōkami (八幡大神), divinité de la guerre associée à l'empereur Ōjin ; Suwa Takeminakata Ōkami (諏訪建御名方大神), divinité de la force et du courage ; et Takamimusubi Ōkami (高皇産霊大神), l'une des divinités primordiales de la création. Ensemble avec la divinité principale, ces cinq divinités forment ce que l'on appelle depuis l'antiquité les « cinq sanctuaires de Hirota » (廣田五社), un ensemble cohérent uni par des liens mythologiques profonds avec l'esprit farouche d'Amaterasu.

Un sanctuaire au sommet de la hiérarchie religieuse

Au fil des siècles, Hirota-jinja n'a cessé de gravir les échelons de la hiérarchie des sanctuaires shintō. Dès l'an 868, il se vit accorder le rang prestigieux de Jūichii (従一位), le premier rang inférieur de la cour, distinction rare réservée aux sanctuaires de la plus haute importance. Il fut ensuite intégré au système des vingt-deux sanctuaires (二十二社), un cercle très restreint de sanctuaires qui recevaient directement les offrandes de la cour impériale et bénéficiaient de sa protection particulière, signe de leur rôle central dans la vie spirituelle du pays.

Hirota-jinja appartenait également au groupe des « trois grands sanctuaires de la province de Settsu », aux côtés du sanctuaire de Sumiyoshi et du sanctuaire d'Ikuta, à Kobe. Situé sur la route reliant la capitale de Kyoto aux provinces de l'ouest, il devint un lieu de pèlerinage fréquenté par les empereurs et les aristocrates en déplacement. À l'époque de l'empereur Shirakawa, au XIe siècle, il reçut le titre honorifique de « Hirota Daimyōjin », « la grande divinité illustre de Hirota ».

À l'ère moderne, lors de la réorganisation du système des sanctuaires sous l'ère Meiji, Hirota-jinja fut élevé en 1871 au rang suprême de Kanpei-taisha (官幣大社), le plus haut rang des grands sanctuaires soutenus par l'État. Il fut le premier de toute la préfecture de Hyōgo à recevoir cette distinction impériale, confirmant son statut exceptionnel.

Une histoire mouvementée et de nombreux déplacements

Si le sanctuaire est riche d'une histoire de plus de dix-huit siècles, son emplacement, lui, a beaucoup varié. À l'origine, Hirota-jinja se serait dressé non loin de la côte, dans la plaine, au pied des collines. Mais les caprices des rivières voisines bouleversèrent à plusieurs reprises sa situation. Établi un temps sur les rives de la rivière Mitarai, le sanctuaire souffrit des inondations répétées qui menaçaient ses bâtiments.

C'est pourquoi, en l'an 1724 (9e année de l'ère Kyōhō), le shogun Tokugawa Yoshimune, le célèbre huitième shogun de la lignée des Tokugawa, ordonna le transfert du sanctuaire vers un site plus sûr, sur les hauteurs, au lieu-dit Takakuma-hara, sur les premières pentes du mont Rokkō. C'est sur ce site élevé, dominant la plaine et la mer intérieure, que se trouve encore aujourd'hui le sanctuaire.

L'histoire récente a, elle aussi, laissé ses marques. Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1945, les bâtiments du sanctuaire furent détruits par les bombardements qui frappèrent la région du Kansai. Reconstruit dans les années qui suivirent, le sanctuaire connut un nouveau drame lorsqu'un incendie ravagea le bâtiment principal au début des années 1980. L'actuel honden (本殿), le pavillon principal qui abrite la divinité, fut alors entièrement rebâti et achevé en 1984.

L'architecture et les bâtiments du sanctuaire

Le pavillon principal de Hirota-jinja est édifié dans le style shinmei-zukuri (神明造), le plus ancien et le plus épuré des styles architecturaux du shintō. Ce style, dont le grand sanctuaire d'Ise constitue l'archétype, se reconnaît à ses lignes sobres et droites, à sa toiture à deux versants couverte d'écorce de cyprès ou de chaume, à ses poutres faîtières surmontées des katsuogi (rondins horizontaux) et des chigi (planches croisées dépassant aux extrémités du toit). C'est un choix architectural hautement symbolique : il rappelle le lien direct du sanctuaire avec Amaterasu, la déesse du Soleil, dont le style shinmei est précisément celui qui lui est consacré. La pureté de ces lignes, l'usage du bois nu non peint et l'absence d'ornements superflus traduisent l'idéal shintō de simplicité et de communion avec la nature.

Devant le honden se trouve le haiden (拝殿), le pavillon d'oraison, où les fidèles viennent s'incliner, frapper dans leurs mains et adresser leurs prières à la divinité. L'ensemble des bâtiments s'inscrit dans un vaste domaine boisé de quelque 53 000 mètres carrés, où subsistent des fragments du paysage naturel d'autrefois. On y trouve également une source d'eau sacrée, le goshinsui (御神水), à laquelle les visiteurs prêtent des vertus purificatrices. L'accès au sanctuaire se fait par une succession de torii et une allée bordée d'arbres anciens, qui ménage une transition progressive entre le monde profane et l'espace sacré.

Un réseau de sanctuaires auxiliaires et le lien avec Nishinomiya-jinja

Comme tous les grands sanctuaires du Japon, Hirota-jinja règne sur un véritable réseau de sanctuaires secondaires, les sessha (摂社) et massha (末社), situés dans son enceinte ou dispersés dans les environs. Parmi les sessha les plus notables figurent le Iwashizu-jinja (伊和志豆神社), situé dans l'enceinte, ainsi que plusieurs sanctuaires extérieurs comme le Natsugi-jinja (名次神社) et le Okada-jinja (岡田神社), tous deux déjà mentionnés dans les registres impériaux de l'ère Engi au Xe siècle. À l'intérieur du domaine, on trouve aussi le Saiden-jinja (齋殿神社), dédié à Hayama-hime, l'ancêtre qui consacra la divinité, ainsi que le Matsuo-jinja (松尾神社) et un ensemble de cinq petits sanctuaires regroupant notamment Yasaka-jinja et Inari-jinja.

Le lien le plus fascinant est sans doute celui qui unit Hirota-jinja à un autre sanctuaire fort célèbre, le Nishinomiya-jinja (西宮神社), sanctuaire principal du culte d'Ebisu (戎), la divinité de la prospérité et de la pêche, qui compte aujourd'hui plus de trois mille sanctuaires affiliés dans tout le Japon. Or, à l'origine, Nishinomiya-jinja n'était autre qu'un sanctuaire auxiliaire de Hirota-jinja, connu sous le nom de Hama-no-miya (浜南宮), le « sanctuaire du sud, au bord de la mer ». Ce n'est qu'au fil des siècles que le culte d'Ebisu y prit une telle ampleur que Nishinomiya-jinja s'émancipa pour devenir un sanctuaire majeur à part entière. Aujourd'hui encore, ce lien historique témoigne du rôle matriciel joué par Hirota-jinja dans la religiosité de toute la région.

Les azalées, splendeur printanière du sanctuaire

Si Hirota-jinja attire les fidèles toute l'année, c'est au printemps qu'il déploie sa plus grande splendeur. Le sanctuaire est en effet réputé dans toute la région pour ses azalées kobano-mitsuba-tsutsuji (コバノミツバツツジ), une variété d'azalée sauvage aux petites feuilles disposées par trois, qui produit au moment de la floraison une profusion de fleurs d'un mauve lumineux. Le domaine du sanctuaire en compte environ vingt mille pieds, qui colorent les pentes boisées d'un manteau pourpre éclatant.

Cette colonie d'azalées est si remarquable qu'elle a été classée monument naturel de la préfecture de Hyōgo en 1969, en reconnaissance de sa valeur écologique et paysagère. La floraison intervient généralement au début du mois d'avril, et le sanctuaire organise alors une fête des azalées, la tsutsuji-matsuri (つつじまつり), qui attire de nombreux promeneurs venus admirer ce spectacle naturel. Le sanctuaire collabore aujourd'hui avec les services environnementaux de la ville de Nishinomiya pour préserver et entretenir cette population d'azalées devenue patrimoine local.

Les grandes fêtes et le calendrier rituel

Hirota-jinja perpétue un riche calendrier de cérémonies qui rythme l'année. Pas moins d'une vingtaine de rites réguliers y sont célébrés, sans compter les offices mensuels et quotidiens. L'année s'ouvre, comme dans tous les sanctuaires, par le Saitan-sai (歳旦祭), la grande prière du Nouvel An, célébrée le 1er janvier, lors de laquelle des foules de visiteurs viennent accomplir le hatsumōde, la première visite de l'année.

La cérémonie la plus importante du sanctuaire est le Reisai (例祭), la grande fête annuelle, qui se tient chaque année le 16 mars. Ce rite solennel, célébré le matin à dix heures, voit les officiants présenter offrandes et prières dans le sanctuaire intérieur ; il marque le sommet de la vie religieuse du lieu. À cette occasion, des milliers de lanternes (mantōrō) illuminent traditionnellement l'enceinte, créant une atmosphère d'une grande beauté.

Vient ensuite, au début du printemps, la fête des azalées déjà évoquée, qui célèbre la floraison. L'été est marqué par le Nagoshi-no-Ōharae (夏越大祓), le grand rite de purification de la mi-année, célébré fin juin, durant lequel les fidèles passent à travers un grand anneau de roseaux tressés, le chinowa, pour se débarrasser des souillures accumulées. L'automne apporte enfin ses propres cérémonies saisonnières. À ce calendrier traditionnel s'ajoute une singularité contemporaine : depuis 1936, l'équipe de baseball des Hanshin Tigers vient chaque année à Hirota-jinja prier pour la victoire avant le début de la saison, faisant du sanctuaire un haut lieu de la ferveur sportive régionale.

Comment se rendre à Hirota-jinja

Hirota-jinja se situe au 7-7 Taisha-chō, à Nishinomiya, dans une zone résidentielle nichée sur les hauteurs, ce qui en fait une halte agréable à l'écart de l'agitation urbaine. Le sanctuaire est facilement accessible depuis les grands axes ferroviaires reliant Osaka et Kobe.

La gare la plus pratique est la gare de Nishinomiya-Kitaguchi (西宮北口駅), sur la ligne Hankyū Kobe, d'où l'on peut rejoindre le sanctuaire en bus ou en une promenade d'une vingtaine de minutes. On peut également partir de la gare JR de Nishinomiya (西宮駅) sur la ligne JR Kobe, ou de la gare Hanshin de Nishinomiya. Depuis ces gares, des bus Hankyū ou Hanshin desservent l'arrêt « Hirota-jinja-mae » (廣田神社前), situé juste devant l'entrée du sanctuaire. Pour le voyageur venant d'Osaka, le trajet est court et permet de combiner aisément la visite de Hirota-jinja avec celle du fameux sanctuaire d'Ebisu, Nishinomiya-jinja, tout proche, pour une journée riche en découvertes sur les origines du shintō dans la région du Kansai.

Sources :
• https://ja.wikipedia.org/wiki/廣田神社
• https://www.hirotahonsya.or.jp/yuisyo.html
• https://hirotahonsya.or.jp/pages/23/
• https://hirotahonsya.or.jp/pages/35/
• https://en.wikipedia.org/wiki/Hirota_Shrine
• https://higaeritabi.com/hirotazinzya/
Hirota-jinja, le grand sanctuaire de NishinomiyaHirota-jinja, le grand sanctuaire de NishinomiyaHirota-jinja, le grand sanctuaire de Nishinomiya

azalées Japon, Hirota-jinja, sanctuaire Nishinomiya